Longtemps cantonné à un rôle de “boîte à idées”, Pinterest s’impose désormais comme un levier d’acquisition suivi de près par les acteurs du numérique qui misent sur les ventes de templates, de formations et de produits digitaux. La bascule se lit dans les usages : l’inspiration ne s’arrête plus à la découverte, elle se prolonge jusqu’au clic sortant et à l’achat, via des formats pensés pour la conversion. En France, la dynamique a été remise en perspective lors d’un atelier de la Fevad consacré aux opportunités offertes par Pinterest pour l’e-commerce, avec des interventions de Sandrine Reinert (Industry Manager Fashion and e-commerce) et Loris Lebechnech (Account Manager Fashion & e-commerce) chez Pinterest. Leur message est clair : la plateforme n’est plus seulement un réseau social d’images, mais un carrefour entre recherche, intention et shopping. Dans un contexte où l’attention se fragmente sur les réseaux sociaux et les marketplaces, ce repositionnement ouvre un terrain concret pour les stratégies de marketing digital et de stratégie digitale orientées performance.
Pinterest accélère sa mue vers un shopping intégré et mesurable
La proposition de Pinterest repose sur une mécanique désormais bien identifiée : transformer une recherche d’idées en action d’achat. La plateforme met en avant un parcours complet, de la découverte à la considération, jusqu’au clic vers le site marchand, avec des contenus capables d’afficher prix et disponibilité, y compris dans des magasins proches de l’utilisateur lorsque l’information est fournie par l’annonceur.
Cette approche s’appuie sur des volumes qui rapprochent Pinterest d’un moteur de recherche visuel : la société revendique 6 milliards de recherches par mois (moyenne mensuelle mondiale sur les douze mois se terminant en juin 2025, selon des données internes) et souligne que 96% des recherches ne contiennent pas de nom de marque (données internes, juin 2025). Pour les vendeurs de produits dématérialisés, c’est un point clé : l’utilisateur formule d’abord un besoin (“template notion”, “checklist lancement”, “routine organisation”, “idée portfolio”) avant de savoir chez qui l’acheter.

Pinterest a aussi mis en avant 578 millions d’utilisateurs mensuels actifs au T2 2025, selon ses résultats financiers, avec une audience où la Gen Z représente plus de 50% du total. La conséquence, observée lors des échanges relayés par la Fevad, est l’émergence d’un terrain particulièrement favorable aux offres qui se “montrent” avant de se vendre : contenus pédagogiques, démonstrations, mises en situation et bénéfices concrets.
Ce changement d’échelle intervient au moment où les marques interrogent la dépendance aux canaux payants traditionnels et la solidité des relais d’audience, un débat qui rejoint les analyses sur la recomposition du trafic et des stratégies de contenu, détaillées par exemple dans une lecture sur la fin du trafic et l’évolution des stratégies éditoriales. À mesure que la recherche se disperse, la visibilité se gagne plus tôt dans le parcours, là où Pinterest place précisément son curseur.
Social commerce et Gen Z les usages de recherche se déplacent vers les plateformes
Les tendances de fond confirment ce déplacement. Accenture estimait en 2022 que le social commerce atteindrait 1,2 milliard de dollars en 2025 au niveau mondial, un indicateur souvent cité pour illustrer la vitesse de transformation du commerce sur les plateformes sociales. Côté consommateurs, l’étude Digital 2025 (We Are Social) souligne que près de 9 sur 10 se disent influencés par les réseaux sociaux dans leurs décisions d’achat, un effet particulièrement marqué chez les plus jeunes, davantage réceptifs aux recommandations d’influenceurs qu’à la publicité classique.
Le basculement est aussi documenté dans les comportements de recherche. Selon l’enquête IFOP x AdsUp Consulting 2025, 93% des recherches passaient par les moteurs en 2017, mais ce poids tombe sous les 50% en 2025, tandis que les réseaux sociaux représentent 18% des recherches. Dans ce paysage, Pinterest se distingue par une progression notable : une étude Talk Shoppe (avril 2024, États-Unis, commandée par Pinterest) indique que plus de 39% des utilisateurs Gen Z commencent leur recherche sur Pinterest plutôt que sur des moteurs traditionnels, parmi les utilisateurs hebdomadaires.
Pour les vendeurs de produits digitaux, l’intérêt est moins la “viralisation” que la permanence. Une épingle bien référencée continue de capter des requêtes autour d’un besoin concret. Les catégories les plus dynamiques citées dans les travaux partagés lors de l’atelier Fevad — mode, beauté, décoration — servent aussi de matrice à des offres numériques : guides de style, presets, planners, modules de formation. Et quand la cuisine et le voyage progressent, ce sont également des opportunités pour des créateurs de templates de menus, d’itinéraires ou de carnets de route à télécharger.
Dans un écosystème où les médias et les plateformes redéfinissent leur place face aux nouveaux outils automatisés, l’enjeu de la découvrabilité reste central, y compris pour les contenus commerciaux. Cette question est mise en perspective dans une analyse sur la pertinence des médias dans Google News à l’ère de l’IA, qui illustre comment les arbitrages d’exposition évoluent et contraignent les stratégies d’acquisition.
Outils publicitaires Pinterest Performance+ et recherche visuelle des atouts pour les produits digitaux
Sur le terrain, Pinterest a renforcé son arsenal publicitaire et ses formats de création pour rapprocher intention et conversion. La plateforme pousse notamment Pinterest Performance+, une solution d’automatisation alimentée par l’IA : selon des données internes issues de tests bêta menés sur plus de 200 annonceurs mondiaux (juin-août 2024), les campagnes ont observé en moyenne une baisse du CPA de 9% et une hausse du taux de conversion de 14%, avec la précision que les gains ne sont pas garantis.
Pour les créateurs qui vendent des templates ou des formations, l’intérêt est double : accélérer la mise en place des campagnes et tester plus vite des variantes créatives. L’atelier Fevad a aussi insisté sur l’importance de la mesure, via l’implémentation de l’API de conversions Pinterest, afin d’éviter de piloter “à l’intuition” et d’attribuer correctement les ventes générées.
Un autre axe, plus éditorial, concerne les formats immersifs. Le format Collage, particulièrement populaire auprès de la Gen Z, permet de construire des compositions interactives que les utilisateurs peuvent s’approprier. Dans les usages, cela se traduit par des mises en scène de tableaux de bord, d’écrans de cours, de packs de ressources ou de parcours avant/après. La recherche visuelle et multimodale, dopée à l’IA, s’inscrit dans la même logique : partir d’une image, d’un style, d’une matière ou d’une silhouette pour affiner une intention. Pour un vendeur de produits dématérialisés, cela revient à connecter un univers visuel (minimaliste, pastel, “clean”, académique) à une offre structurée.
La plateforme met enfin en avant son outil Pinterest Trends, destiné à repérer les signaux émergents et planifier les campagnes en amont. Cette logique d’anticipation est cohérente avec les stratégies hybrides mêlant visibilité organique et activation payante, un modèle détaillé dans une analyse sur les modèles hybrides entre SEO et produits. Dans les faits, la performance sur Pinterest se joue souvent sur la capacité à publier tôt, au moment où une intention se construit, plutôt qu’au moment où elle est saturée.
À mesure que Pinterest consolide sa place au croisement de la recherche, du social et du shopping, la question n’est plus seulement d’y être présent, mais d’y articuler création, données et mesure. Pour les acteurs des ventes de templates, de formations et d’offres numériques, c’est un canal qui ne se limite plus à l’inspiration : il devient un maillon opérationnel du tunnel d’acquisition.
Les annonceurs suivent particulièrement les évolutions autour de l’automatisation des campagnes et de l’optimisation créative, au cœur des annonces récentes de Pinterest sur l’efficacité publicitaire.





