Sous la plume  de Patrice Delétang, voici les premières pages de l'histoire de Mouliherne…

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MOULIHERNE

 

ETYMOLOGIE

 

 

Le dictionnaire historique et géographique (Célestin Port) de Maine et Loire relève des dénominations allant de : MOLENDINUM HERLE dès 1040 (en latin: endroit où l'on moud, moulin) à MOLIHERNA en 1235. Le nom le plus ancien semble rappeler « Moulin Herle ». L'existence depuis toujours de très nombreux moulins sur le ruisseau « La Riverolle » accrédite cette thèse. Moulin Herle serait donc devenu avec le temps Mouliherne.

 

GEOLOGIE

 

Il faut avant tout bien penser que l'océan recouvrait notre région, du moins en partie, et la paléontologie le prouve.

Vers la fin du Jurassique (époque secondaire), le plateau central se soude à la Bretagne et à l'Est d'Angers. Des crêtes surgissent des eaux (Blou, Brion, La Pellerine et Mouliherne) encadrant le Bassin du Lathan.

Entre ces blocs (notamment la Butte de Blou et celle de Brion) s'étendait un immense lac, d'abord mélange d'eau salée et d'eau douce, puis uniquement d'eau douce. Ce lac sera comblé peu à peu par les dépôts tertiaires.

Après le retrait des eaux, il devient, à l'ère quaternaire, un marécage de landes et forêts, asséché progressivement par le Lathan et les affluents qui le drainent.

Le grès marin domine. Au Nord et Nord-Est, on trouve des marnes et calcaires lacustres.

L'ancien fond lacustre est essentiellement formé d'alluvions anciennes et modernes composées de sables, sables argileux et de graviers.

C'est le Lathan qui a créé la partie assez fertile de Mouliherne.

 

Pour comprendre l'histoire d'une localité et ses hommes il est nécessaire de comprendre d'abord l'histoire de son sol auquel elle est bien souvent étroitement liée.

 

 

GEOGRAPHIE

 

 

La commune de MOULIHERNE est située au Nord-Est du département et s'étend sur 4078 hectares dont plus de 2000 hectares de bois et forêts, ce qui la classe parmi les communes les plus boisées du département.

Elle est bordée par AUVERSE au Nord, LINIERES-BOUTON à l'Est, VERNANTES au Sud et JUMELLES, LE GUEDENIEAU à l'Ouest.

Le méridien de Greenwich passe un peu à l'Ouest du Bourg et l'heure locale au clocher de l'Eglise y marque une avance de quatre secondes un cinquième.

 

 

 

RELIEF

 

 

Son relief est essentiellement composé par:

– deux plateaux, l'un au Nord du Bourg à une altitude culminant à 91 mètres et l'autre à l'Est du Bourg.

– Entre ces deux plateaux s'ouvre une petite vallée (encaissée au Nord) où coule le ruisseau « La Riverolle ».

– De par sa formation géologique, le pays haut composé notamment d'une chaîne de côteaux  Pimont, La Butte, Montruchon, et la Touche, barrait les eaux du lac au Nord.

– Le Bourg de Mouliherne est aujourd'hui situé sur l'ancien bras lacustre qui existait entre Pimont et La Touche et où se déverse La Riverolle.

– Une plaine qui s'abaisse vers le sud jusqu'aux abords du cours d'eau le Lathan (limite naturelle de la Commune au Sud) avec une altitude qui tombe à un peu moins de quarante mètres. Cette plaine, après avoir été un marécage puis de la lande et des bois, deviendra fertile par le travail de l'homme.

 

HYDROGRAPHIE

 

 

Le cours d'eau du Lathan est la limite naturelle de la Commune au Sud sur une longueur d'environ 7 à 8 km auquel la contrée doit sa fertilité.

Le ruisseau de Vaux prend sa source près du lieudit Vaux à l'Est.

Le ruisseau du Racinay arrose le Nord-Ouest puis pénètre sur la Commune de Jumelles.

Le ruisseau le plus important est « La Riverolle », sans doute élégant diminutif de rivière. Il est beaucoup plus régulier et fait la joie des pêcheurs (actuellement classé en 1ère catégorie). Il prend sa source sur la Commune d'Auverse puis reçoit les ruisseaux de Gravouillard et du Creux en amont et quelques petits ruisseaux qui drainent le Bourg dont celui de St Germain.

Ce cours d'eau de 14,500 kilomètres a alimenté par le passé de nombreux moulins (à froment, à huile, à tan ou outillés pour scier le bois).

 

 

PRINCIPALES RESSOURCES

 

De par sa formation géologique, Mouliherne présentait des carrières de pierres, des carrières de grès pour pavés qui alimentaient les ponts et chaussées pour l'entretien de toutes les routes de la région et les principales étaient exploitées au Chêne au Chat, au pied de La Touche et près des Verriers. Plusieurs sablières (sable gras La Croix de Noël, La Touche et sable plus maigre à La Fontaine) servaient pour les mortiers de construction.

La carrière du Chêne au Chat existe toujours et son extension est même prévue dans le Plan Local d'urbanisme actuel.

Les calcaires et les argiles permirent à Mouliherne d'avoir, il y a environ cent cinquante ans, quatre fours à chaux ou à briques et tuiles. Le plus important centre situé à l'Oisellerie a subsisté jusqu'en 1975.

Le bois: Mouliherne est une des communes les plus boisées du Département, sinon la plus boisée actuellement.

En 1950, il y avait 1850 ha de bois et landes contre 2200 ha de terres et prés.Aujourd'hui on compte 2100 ha de bois. La surface bois gagne d'année en année au détriment des terres agricoles

Avec une telle superficie d'essences différentes, le bois a donc toujours représenté une activité importante sur Mouliherne.

On a compté jusqu'à 4 scieries, la scierie de St Barnabé, la scierie de Plaisance, celle de Frambouilles et la plus importante seule en activité aujourd'hui mais parfaitement modernisée, la scierie de l'Oisellerie exploitée de père en fils par la famille Laurent.

Mais le bois était aussi à l'origine de bien d'autres activités économiques et nous trouvions à Mouliherne marchands de bois, charpentiers, charrons, scieurs de long, fendeurs, bûcherons, résiniers, charbonniers, tourneurs, menuisiers, tonneliers, sabotiers, administration des Eaux et Forêts.

L'agriculture: Si Mouliherne restait plutôt unique avec ses bois, sa tuile, sa chaux et ses pierres, pendant très longtemps il n'offrait rien dans son sol plutôt ingrat et l'élevage représentait l'activité principale en milieu agricole, d'où 5 foires annuelles.

L'homme défricha ce fond inculte qui fut recouvert par le passé de marécages de landes et de bois. Aujourd'hui les cultures sont diversifiées et représentent une certaine richesse.

Les Moulins: La Riverolle, d'un bon débit, permit le fonctionnement de nombreux moulins (à froment, à huile, à tan ou outillés pour scier le bois).

 

HISTOIRE

D'après un mémoire de la commision archéologique de 1947-1948 dirigé par Pierre Quarré il n'y a pas de certitude quant à l'époque où les premiers habitants s'installèrent dans nos collines et monticules.

« Il est certain du moins qu'une population primitive a bien habité ces lieux » écrit E.Cornilleau en 1872 dans l'Histoire du Bassin du Lathan et de Mouliherne (Mémoires de la Société Académique de Maine et Loire).

Pierre Quarré précise que cette population subit à Mouliherne une nature agreste, puissante. Aussi, ce peuple en partage-t-il la rudesse. Ces « premiers habitants de Mouliherne devaient être, d'après les traces laissées, d'une civilisation très primitive vivant de la chasse et de la pêche, vêtus de peaux de bêtes, avaient pour demeures des huttes de feuillage dans les clairières des bois » (chan.T.Houdebine), dans une région isolée, plutôt rebelles à la civilisation et attachés à leurs bois et monticules.

Une très intéressante étude «  Une paroisse angevine au XVIIIe siècle: MOULIHERNE » réalisée en 1969 par René Plessix (docteur en Histoire) laisse apparaître qu'au XVIIIe siècle la vie à Mouliherne y est difficile.

« Une société pauvre dans son ensemble, miséreuse quelquefois ».« Absence de voie d'eau importante, pauvreté de la région, autarcie agricole, agriculture céréalière médiocre » etc même si vers la fin du siècle quelques grands marchands apparaissent. «  Mouliherne apparaît comme une paroisse vivant sur elle-même donc à l'abri de tout progrès social ».

Cette constatation pour ce siècle corrobore les idées de Cornilleau quand il décrit le Mouliherne social et Quarré pour qui la vie à Mouliherne était dure, dans une nature difficile ou les hommes étaient éloignés des autres centres habités.

 

Pour la période du néolitique au bronze final.

Mouliherne a livré une hache à ailerons médians (assez commune en Anjou) d'une longueur de 130 mm, avec reste d'anneau brisé, datée de la période du bronze final III soit 1200-600 av. J-C. Cette pièce figure à l'inventaire d' O.Demazières Angers auteur d'un essai sur le préhistorique dans le département de Maine et Loire.

Une pierre polie fut également trouvée à Mouliherne (près du lieudit « La Pomasserie »), 5000-2500 ans av. J-C.

Mis à part ces deux témoins, cette population primitive n'a laissé aucun monument.

Aucune trace celtique n'existe à Mouliherne. Toutefois, « suivant la tradition », on prétend que la ville de Mouliherne a été bâtie par les Druides.

 

Période gallo-romaine.

Voies anciennes.

Les restes d'une voie romaine dénotent la présence des Romains à La Lande Chasles.

« Une voie importante » écrit C.Port passait à Mouliherne. La grande route d'Angers à Tours traversait Brion, La Lande chasles, Mouliherne, Breil, Rillé.

Une autre grande voie de communication existait, celle reliant Le Mans à Poitiers et passant plus à l'est de Mouliherne.

Le centre primitif, le Vieux Mouliherne ( Vetus Moliherna ) était situé à environ 2 km au sud du Bourg actuel sous la période carolingienne. La chronique affirme que Charles Martel avait à Mouliherne en l'an 700 un rendez-vous de chasse.

Ce centre antique était situé au nord de la Forêt de Monnaie, dans la vallée de La Riverolle, sur les lieux-dits de La Chaussée, du Vivier et du Vieux Château. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle un manoir existait au lieu-dit Le Vieux Château, centre de la seigneurie, ceint d'antiques et larges douves dont il ne reste aujourd'hui que quelques menus vestiges.

Des sarcophages en pierre coquillière de Doué découverts à 2 km au sud du bourg actuel, au lieudit « La Fontaine), dans une ancienne carrière témoignent du vieux Mouliherne dans ce secteur.

Monsieur Sarazin du Centre Départemental des Antiquités Historiques est formel. «  Il s'agit de sarcophages datant de l'époque carolingienne ». Des ossements, des morceaux de poteries ont été mis au jour en même temps que 3 sarcophages maintenant exposés derrière l'autel dans l'église.

 

Le Bourg actuel:

Dès le XI e siècle, à 3 km au nord du Vieux Mouliherne s'est installée l'église près du puissant château fort.

(Rappelons que 2 curés officiaient dans la même église : le curé épiscopal et le curé royal. Le Val appartenait au domaine de l'évêque. « Les 2 offices de curés, l'un au plein droit de l'Evêque, l'autre à la présentation du Roi, fonctionnaient en titre dans l'Eglise et chaque titulaire desservait à tour de rôle la paroisse pendant sa semaine jusqu'à la révolution. »). Il y avait 2 presbytères.

C'est l'arrivée de Moines Bénédictins sur la Butte, à l'abri de l'église, qui attire la population qui trouve déjà la protection du château fort. Ce serait bien là l'origine du Bourg actuel, situé sur La Riverolle, « dominé d'un côté par La Butte avec son Eglise et d'un autre par une colline sur laquelle a été construit au début du XVI e siècle le château de La Touche » qui appartenanait à cette époque à une famille calviniste

Là, au carrefour des chemins Angers-Tours et Poitiers-Le Mans, au pied de la Butte des logis, s'installèrent des commerçants, ouvriers. Des Halles pour le commerce local furent construites (sur la Place de la Mairie actuelle). On comptera à Mouliherne cinq foires dont la Saint-Mathias très importante, plusieurs marchés plus récemment et dans des temps plus anciens l'existence de huit hôtels se justifiait compte tenu de ces nombreuses manifestations.

Le Foire de la Saint-Mathias qui avait lieu les 23 et 24 Février était une Foire aux bestiaux extrêmement importante. Le bétail venait de tout l'Ouest et 4 à 5000 bœufs, vaches, chevaux et porcs se vendaient ces jours-là.

 

 

Le siège de Mouliherne fait entrer définitivement le village dans l'histoire en Octobre-Novembre 1049.

Foulque III Nerra (987-1040), comte d'Anjou, qui éleva de nombreux château forts, construisit vers le Nord, à l'appui de la butte escarpée dominant le ruisseau, une forteresse qui se rattachait au système de défense du Haut-Lathan.

Ce puissant château-fort a bien existé mais on ne sait s'il faut le situer sur le faîte même de La Butte proche de l'emplacement actuel de l'Eglise où subsiste encore la citerne sur le versant S.O dans une propriété privée d'où partaient trois galeries en direction du Bourg, de la Fontaine St Germain et du bas du cimetière ou bien dans le quartier du Val où la tradition signale un autre château, le château de « Matas » sur l'emplacement proche de l'étang du Val au débouché d'un petit sentier qui descend de l'Eglise.

Rappelons que l'Eglise primitive s'est installée sur la crête escarpée dès le XIe siècle.

Geoffroy Martel, fils de Foulque Nerra subit dès 1040 une guerre contre Henri 1er Roy de France.

La cause en serait quelques paroles piquantes qui irritèrent Henri.

Le Roi de France marcha en Anjou contre Martel avec une puissante armée et alla assiéger à cette occasion le château de Mouliherne en octobre-novembre 1049. Le Roi de France avec des troupes nombreuses augmentées de celles du Duc de Normandie ( Guillaume le Batard)* pris la forteresse.

Geoffroy Martel s'inclina et rentra en grâce auprès de son suzerain.

* En 1066, le Duc de Normandie à la tête de 6 à 7000 soldats s'empare de l'Angleterre à la bataille d'Hastings. Guillaume de Normandie désormais surnommé « Le Conquérant » se fait sacrer Roi d'Angleterre.

Épidémie de la Grande Peste en 1348.

 

En 1348 un terrible fléau s'abattit sur l 'Anjou, la Peste bubonique appelée Peste Noire. Mouliherne n'échappa pas à cette pandémie qui s'étendit à toute l'Europe.  On estime que la Peste Noire fit en 5 ans entre 30 et 50% de morts dans la population.

De cette période date sans doute la décadence de « La Vieille Mouliherne ».

Pour fuir la peste les gens de Mouliherne comme ceux des villages voisins se réfugièrent  avec leurs biens (meubles, charrues, bestiaux) dans la forêt de Beaufort (quoiqu'elle soit située en partie commune des Rosiers) où ils construisirent et défrichèrent les terrains.

Qu'elle ténacité, qu'elle envie de vivre ou même de survivre quand une population comme celle de Mouliherne subit simultanément de tels fléaux : La Guerre de Cent Ans(1347) qui ravagea l'Anjou, la Peste (1348) et la Famine.

 

Il est intéressant de rappeler les origines de ce terrible fléau et ce que représentait la peste pour la population à cette époque.

La peste sévissait de manière endémique en Asie Centrale (probablement la Chine). Les cales des navires marchands en provenance d'Asie transmirent la Peste Noire à tous les ports où ils s'arrêtèrent par leurs cargaisons infestées de rats et de puces. La maladie atteint Marseille en 1347. Dès 1348 elle envahit toute l'Europe où elle tuera 25 millions de personnes soit le tiers de la population.

Pas de remède, on meurt généralement dans les 3 jours. Pour survivre dans la peur les gens  luttaient par la fuite ou l'abandon des liens sociaux ( on ne cause plus dans la rue. Les commerçants ont peur des clients et les clients des marchandises etc ).Partout la vie s'éteint.

 

 

En parcourant l'Anjou et la Touraine Catherine de Médicis passe par Mouliherne

 

Catherine de Médicis, alors reine-mère et régente, dîne au Château de la Touche le 13 Novembre 1565, accompagnée de son fils Charles IX âgé de 15 ans et de son petit cousin le Roi de Navarre, 12 ans, futur Henri IV.

 

Sous cette période le royaume est déchiré par les guerres de religion où s'opposent les catholiques et les protestants ( appelés aussi Huguenots ).

Catherine de Médicis et son fils le roi Charles IX  commencent un grand tour de France, un voyage dans tout le pays par lequel ils pensent ramener la paix.

Ils sont alors à Baugé avant de se diriger sur Vernoil-Le-Fourrier où ils dormiront au Château de Ville-au-Fourrier ( dans la commune actuelle de Vernoil-le-Fourrier ).

Sur leur trajet, en passant par Mouliherne ils dîneront au Château de la Touche le 13 Novembre 1565. Rappelons que le seigneur de la Touche était protestant.

 

Les gens de Mouliherne ne reverront jamais une telle suite, démonstration de la puissance royale.

 

En effet Catherine de Médicis et son fils Charles IX entraînent avec eux plusieurs milliers de personnes dont l'escorte militaire, personnel du gouvernement, princes, ambassadeurs, domestiques, artisans …

 

à suivre…

Bibliographie

PORT (Célestin),Dictionnaire historique géographique et biographique de Maine et Loire

GRAS (Jacques), Mémoires et Documents de La Vallée d'Anjou au Plateau du Baugeois

QUARRE ( Pierre) Mémoire de La Commission Archéologique( 1947-1948)

CORNILLEAU, Histoire du Bassin du Lathan (1872)

CONGRES ARCHEOLOQIQUE de POITIERS (1903)

PLESSIX (René), Une Paroisse Angevine au XVIII e siècle – Mouliherne ( Janvier I969)

Dr COUTURIER (Guy), La Très Vieille Histoire de Mouliherne (25 Novembre 1953)